Présentation

Qu’est-ce que le Contact Improvisation ?

Steve Paxton et Nancy Stark Smith (en fond Lisa Nelson, Daniel Lepkoff, et Christie Svane), 1980, par ©Stephen Petegorsky

Le Contact Improvisation est une pratique entre danse, sport et arts martiaux, fondée par Steve Paxton et d’autres danseur·euses dont Nancy Stark Smith dans les années 70 aux États-Unis « dans un contexte de résistance à l’impérialisme du corps machine pour de nouvelles façon de « vivre son corps, la nature et les rapports avec les autres ». (Midol, 1995) »1

Il s’agit d’un langage d’improvisation dont la base est le duo et qui s’apparente à une conversation corporelle qui change et s’adapte en permanence. Les éléments qui la distinguent sont le partage du même axe gravitaire, le transvasement du poids, la connexion à la terre et au ciel dans un flux multiforme.

Cette pratique éduque à un corps éveillé, vigilant et conscient, connecté à soi, à son centre, au présent, à la relation à l’autre. Elle transmet force et douceur, disponibilité au lâcher-prise, elle ancre à la terre tout en développant la fluidité et la légèreté. Elle véhicule – dans son fond, dans son histoire – une vraie philosophie du partage et de la coopération.

Nancy Stark Smith et Steve Paxton, 1984, par ©Bill Arnold

Histoire

Nancy Stark Smith et Alan Ptasheck, 1979, par ©Erick Franz

Le Contact Improvisation est né à New York en 1972 avec Steve Paxton.
Mais très vite, dès 1973-1974 un deuxième foyer d’expérimentation s’ouvre en Californie, autour de San Francisco (Nancy Stark Smith, Nital Little, Curt Siddall…) où existe déjà une solide et radicale tradition de performance et d’improvisation, notamment grâce au travail d’Anna Halprin.

« Le Contact Improvisation s’intègre dans le paysage de la danse post-moderne où la chorégraphie devient auto-réflexive et est intéressée par ce qui constitue l’expérience […] (Cage-Cunningham). » 2

« …les composants de base sont les notions de matière, de force, d’espace-temps, d’énergie et ils sont gouvernés par la proprioception, l’imagination, la sensibilité et la sensation. C’est un travail sur l’authenticité des lois de la nature. » 2

«Il s’agit de former le sens pour que la désorientation devienne acceptable, et de former le corps à s’organiser et à prendre soin de lui-même pour vivre l’instant et répondre à ses besoins fluctuants, pour que les subtilités de l’instant ne soient pas ensevelies sous l’exécution du mouvement suivant. » 2

Steve Paxton et David Woodberry, 1976, par ©Uldis Ohaks
Daniel Lepkoff & Steve Paxton, 1978, by ©Stephen Petegorsky

« Le stratagème de Steve Paxton consistait à mettre le corps du danseur dans des situations d’urgence exceptionnelles, désorientant, et souvent, couper l’herbe sous les pieds pour ainsi dire. Plutôt que d’un environnement prévisible et familier de soutien, telles que la semelle de son pied rencontrant la surface fixe du sol, en contact improvisation, on se retrouve dans des circonstances qui exigent un appui pour accéder à partir de n’importe quelle zone de son propre corps à la surface, en contact physique avec une zone de surface du corps d’une autre personne, qui sont tous deux en mouvement.

Dans cette situation on ne peut pas compter sur les habitudes, les réflexes prennent le relais, et le reste appartient à l’histoire. » 3

« Qu’est-ce qui se passe lorsque je bouge ?
Où est mon centre ?
Où est le bas ?
Quelles surfaces de ma peau sont touchées ou touchent ?
Lesquelles de ces surfaces offrent un soutien ?
Où puis-je croire que je vais ?
Où suis-je capable d’aller ?
Qu’est-ce que je ne sais pas, en quoi ne suis-je pas alerte ?

Et ainsi de suite.

Cette remise en cause, plutôt que formulée dans l’esprit verbal est formulée et réside dans les tissus de l’organisme: les os, les muscles, les organes, les nerfs et le cerveau.
Qu’est-ce qui se passe quand, après quelques années de pratique, ce qui était autrefois une situation d’urgence imprévisible devient familier ?
C’est arrivé à ce point, moment accessible assez rapidement, que la direction et la nature essentielle de Contact Improvisation sont à gagner.
 » 3

Daniel Lepkoff et Julyen Hamilton, par ©Bill Arnold

Aller plus loin

Pour situer le C.I d’un point de vue historique-social

  • Sharing the Dance: Contact Improvisation and American Culture, Cynthia Novack, 1990

Cet ouvrage relate du climat artistique de l’époque. Cynthia Novack évoque aussi les relations de poids comme une relation de solidarité entre partenaires et parle du CI comme la recherche d’une forme qui donne à vivre une aventure collective et qui intègre les notions de soutien mutuel, de support, de coopération. La pratique s’étend auprès de personnes avec un handicap et comprend la mixité des compétences physiques comme formatrice.

Pour comprendre la culture expérimentale où il est né

  • Democracy’s Body: Judson Dance Theater 1962-1964, Banes, Sally, 1993.

Pour lire de la réflexion autour de cette pratique

  • La revue Contact Quarterly (en anglais) : articles et interviews, échanges et approfondissements dans la communauté internationale, www.contactquarterly.com
  • La gravité, Steve Paxton, Éditions Contredanse, Bruxelles, 2018

Les origines

  • Material for the spine, Steve Paxton, Baptiste Andrien et Florence Corin, Éditions Contredanse, Bruxelles, 2008
    « Initiée il y a plus de 20 ans, la technique Material For the Spine de Steve Paxton concentre les connaissances accumulées au fil de son parcours — depuis l’étude de la marche, à son expérience de danseur, de l’exploration du Contact Improvisation à la pratique de l’aïkido » (https://www.materialforthespine.com/fr/about/about
  • Steve Paxton: Physical Things » Dance Scope Winter/Spring, Banes, Sally, vol. 13 / numbers 2-3, 1979
  • An interview with Steve Paxton : exerpts from a verbatim transcript of 6 hours of conversation, Bents, Folkert
  • « Contact Improvisation: A Photo Essay and Summary Movement Analysis. » TDR. The Drama Review 32/4 (T120) (Winter 1988: 120-134), https://www.booksonthemove.fr/

  • [1] Danse et santé, du corps intime au corps social, Sylvie Fortin, 2010
  • [2] Extraits de la revue Nouvelles de danse N°38 et 39
  • [3] Extraits d’un texte de Daniel Lepkoff, danseur, enseignant et écrivain, 2025